CHAPITRE I - Introduction – Aire d’extension

Contribution à l’étude des lévriers du sud saharien

 THÈSE POUR LE DOCTORAT VÉTÉRINAIRE par François ROUSSEL

Présentée et soutenue publiquement en 1975 devant l’Université Paul Sabatier de Toulouse

INTRODUCTION

L’objet de ce travail est l’étude d’une population canine très mal connue à ce jour.

ll s’agit des lévriers que I’on rencontre chez les nomades des zones sahéliennes des Républiques du Mali et du Niger.

Les raisons de cette méconnaissance sont multiples: leur aire d’extension n’a été ouverte que très récemment à la pénétration européenne.

Mais, si le lévrier touareg est mal connu, il faut en rechercher les causes dans la confusion qui s’est toujours établie avec ceux d’Afrique du Nord. Nous en verrons les raisons dans l’étude morphologique qui va suivre.

Parent bâtard et dégénéré du Sloughi, aux yeux des cynophiles, le lévrier du Sahel ne méritait pas attention, et les préjugés de la plupart des milieux cynophiliques européens ne pouvaient qu’entériner cette notion.

Nous essayerons de montrer dans cette étude que le lévrier touareg ou du Sahel est un produit de son milieu, le résultat de la sélection ou plus simplement de l’élevage de sujets destinés à la chasse et au gardiennage des troupeaux chez des populations nomades vivant en zone subdésertique dans des conditions d’existence aussi dures pour les hommes que pour les animaux.

Nous nous efforcerons de définir et de dégager les caractéristiques principales de la race ainsi obtenue. Disons simplement ici que, sur le plan fonctionnel, ces lévriers sont remarquables par leur rapidité, leur endurance et leur sobriété.

Sur le plan morphologique, nous verrons que les touareg n’ont pas des conceptions aussi strictes que celles des éleveurs européens, et c’est peut-être là que réside l’intérêt principal de cette étude qui est surtout de saisir une race de chien dans son milieu d’origine, chez ses possesseurs avant que les amateurs traditionnels, ne s’emparent d’elle et ne la défigurent.

 CHAPITRE PREMIER

AIRE D’EXTENSION

1. Limites géographiques

L’aire d’habitat de la population canine que nous étudions ici se situe dans I’ouest africain et, de manière plus précise, dans les parties désertiques, prédésertiques et sahéliennes du Mali et du Niger.

Pour les zoogéographes, il s’agit là d’une partie de la province soudanienne, elle-même partie du grand ensemble éthiopien sensu stricto (c’est-à-dire Madagascar exclu).

Pour les géographes, il s’agit de la région centrée par le bassin du Niger moyen oriental.

Cette carte ne saurait être brossée qu’à grands traits. Quelles en sont les limites ?

  • Au sud, c’est le pays Mossi ou, avec plus de préci­sion, la frontière de la Haute-Volta.
  • A I’est, I’Air et le Ténéré.
  • Au nord, I’Ahaggar et le Tanezrouft.
  • A I’ouest, le Timetrine et l’Azaouad.

Plus vaste que la France avec son million de kilo­mètres carrés, cette aire comporte des régions assez variées que I’on peut grosso modo grouper en deux parties distinctes: une zone déprimée bordée au nord par un système montagneux.

La région montagneuse comporte d’ouest en est: I’Adrar des lforas, I’Ahaggar et I’Aïr. Les parties déprimées surcreusées par le Niger groupent:

  • Le Gourma, plaine très décapée localement plaquée de dunes.
  • Le Bassin de Gao, ensemble de bas plateaux partiellement ensablés, entaillés par le Tilemsi (oued fossile).
  • Le Tamesna.
  • L’Azaouak, bas plateau buriné par I’oued qui lui a donné son nom.
  • La région des Dallol (dallol = vallée en langue djerma).

2. Le climat

Exception faite pour les régions septentrionales, c’est-à-dire celles qui sont situées au nord du 18″ paral­lèle, le secteur possède un climat qui est un composé des types sahariens et tropicaux. C’est le climat hémié­rémique de Banyouls et Gaussen. ll est toujours associé à une pluviométrie rare; au nord, sa limite est constituée pas I’isohyète de 100 mm; au sud, par celle de 500 mm.

ll s’agit d’un climat contrasté à deux saisons : la saison sèche et la saison des pluies qui dure de 1 à 3 mois étalés autour de juin; c’est I’hivernage.

Ce climat propre aux régions semi-désertiques du sud saharien est caractérisé, outre la rareté des précipi­tations, par la sécheresse de I’air et les contrastes de température qui, pour ne pas atteindre ceux du Sahara central, n’en sont pas moins très importants.

A Gao, par exemple, la température moyenne varie de 22’c en janvier à 34″ c en mai, pour des minima respectivement de 12″c et de 25″c.

L’humidité relative de I’air qui oscille autour de 15 % mais peut s’abaisser à 5 % ne dépasse 50 % que pendant les seuls mois d’hivernage.

Ces divers éléments du climat sont variables selon les années et c’est ainsi que1971 – 1972 et 1973 ont été marquées par une grande sécheresse.

3. La végétation

La végétation est très variable selon les secteurs. Du désert presque absolu à la savane claire, tous les intermédiaires sont possibles. L’aspect le plus fréquent  est toutefois celui de la steppe avec ses deux aspects  les plus classiques :

  • la steppe à graminées,
  • la steppe arbustive.

Les familles les plus couramment représentées sont :

  • les Graminées (Panicum turgidum, divers Aristida, Artemisia herba alba),
  • les Crucifères (Farsetia, Zilla spinosa),
  • les Composées,
  • les Boraginacées.

Les arbustes de type épineux appartiennent aux familles :

  • des Mimosées (différents types d’Accacia),
  • des Salvadoracées (Salvadora persica),
  • des Zygophyllacées (Balanites ægyptica),
  • des Tamaricacées (Tamarix aphylla).

4. La faune

La faune sauvage varie beaucoup selon la latitude, allant du type saharien au type sahélien.

Dans I’aérotype désertique, si I’addax (Addax maso­maculatus) a presque complètement disparu, subsistent toujours en grande abondance les gazelles (Gazella dorcas), les fennecs (Fennecus zerda) pour ne citer que les animaux les plus typiques.

Au sud, c’est I’aérotype sénégalonylotique avec, comme éléments les plus fréquents :

  • les gazelles à front roux (Gazella rufifrons) ou gazelle corinne,
  • les gazelles dama (Gazella dama) ou biche robert.
  • les phacochères (Phacochærus),
  • les hyènes (Hyena crocutra),
  • les girafes (Giraffa camelopardalis),
  • les Orycteropes (Orycteropus afer),
  • les lièvres d’Egypte.

Dans le Niger, des hippopotames (Hippopotamus  amphibius) et des lamantins (Hanatus senegalensis). Les éléphants (Loxodonta africana) et les lions (Panthera leo) sont assez abondants dans le Gourma.

5. Population humaine

Le pays ingrat, hostile à tous ceux qui I’habitent, ne Possède gu’une population pauvre dont la grande majo­rite est agglutinée sur les bords du Niger. Ce sont, pour la plupart, des noirs sédentaires exerçant les professions de pêcheur, d’agriculteur et de pasteur.

A I’ouest, nous trouvons sur tout les Bambaras et les Dogons. A partir de Tombouctou, dominent les Sonray, remplacés au sud de Gao par les Djerma, auxquels ils sont étroitement apparentés.

A ces divers groupes, s’ajoutent en plus ou moins grande importance, des Peuls, des Haoussa, des Bella et des Maures.

Numériquement les nomades bien moins nombreux, occupent tout I’arrière pays et ne se livrent guère qu’à l’élevage. Le convoyage et la chasse ne sont pour eux que des activités très secondaires. Leurs troupeaux sont constitués de chèvres, de moutons, d’ânes, de zébus et de dromadaires, gardant tout cela, les chiens qui nous intéressent.

Négligeant les Maures, peu nombreux, les peuls souvent à demi sédentarisés et les Bellas, nous avons affaire aux Kountas de langue arabe qui nomadisent dans I’Azaouad, mais surtout aux Touareg que les ethnologues classent en lforas, en Kel Ahaggaret en Ouilliminden. Ces derniers, de race noble le plus souvent, habitent surtout le Tamesna et I’Azaouak. C’est chez eux que I’on a rencontré les plus beaux spécimens de chiens.


CHAPITRE II - La population canine

CHAPITRE II

LA POPULATION CANINE

Lorsque nous avons parcouru différentes régions du Mali : Gourma, région de Gao, de Ménaka, vallée de I’Azaouak, nous avons été frappé par I’homogénéité de la population canine. Celle-ci est composée de façon quasi exclusive par des lévriers.

Les quelques rares chiens abâtardis que nous avons vus se trouvaient dans les villes où une implantation européenne récente a amené des chiens divers, souvent de type berger.

Le lévrier est considéré comme un animal noble. Nous en trouvons une description dans un texte tamahaq concernant les Ouilliminden de I’Est, Francis Nicolas en donne la traduction littérale : … « leurs poils sont courts, leur robe, de certains, est rouge, la gueule est noire, le ventre est blanc, certains ont des balzanes, certains sont blancs entièrement, y compris leurs ongles sont blancs » … «nos chiens courent derrière les gazelles, les oryx, les autruches, les girafes ou les phacochères. »

Ce texte, riche en détails morphologiques, nous renseigne également sur la chasse, I’alimentation du lévrier, ses mœurs et sa valeur.

Cette grande homogénéité du type circassien n’exclut pas cependant une variabilité morphologique selon les régions traversées.

1. Dans le Gourma

Les lévriers y sont nombreux. Ce sont des chiens puissants bien musclés épaisse dont la peau relativement et le squelette fort donnent une relative « lourdeur » dans I’allure générale.

La taille est en moyenne de 65 cm pour les mâles et de 60 cm pour les femelles. Les oreilles sont toujours portées tombantes, soit plates, soit semi-pliées. La queue est soit tombante, soit enroulée sur le dos, d’un demi à un tour et demi. Certains nomades accordent à la queue enroulée un caractère de noblesse. D’autres, que nous avons interrogés, n’y accordent aucune importance.

Les robes les plus communes sont rouge ou sable, les balzanes sont fréquentes, uniformément blanches ou mouchetées. On rencontre quoique très rarement quelques robes pies.

Les robes unicolores vraies n’existent pas; on trouve toujours des taches blanches soit sur les doigts soit au poitrail.

Nous avons remarqué que les chiens de robe rouge étaient de taille légèrement supérieure à ceux de robe sable.

2. Dans l’Azaouad

C’est la région au nord-est de la boucle du Niger. L’effectif canin y est plus restreint, ce qui s’explique aisément par le fait d’une population humaine moindre. Les lévriers y sont d’un gabarit plus léger que dans le Gourma.

3. Dans I’Adrar des lforas

En plus des lévriers qui s’y trouvent à certaines époques de I’année lors des déplacements de nomades, existent de grands chiens de type graïoïde dont la taille au garrot est souvent supérieure à 70 cm.

4. Dans le cercle de Ménaka

Lorsque nous avons interrogé les nomades, qu’ils soient du Gourma ou de I’Adrar des lforas, c’est-à-dire de régions distantes de plusieurs centaines de kilomètres, Tous nous ont invariablement répondu qu’il fallait se rendre dans le sud du Tamesna et en particulier dans la région de Ménaka pour rencontrer « les plus beaux chiens ».

Le cercle de Ménaka, grand comme la moitié de la France, abrite une population de 35.000 habitants pour la majorité touareg et restée jusqu’à ce jour à l’abri de toutes influences étrangères. La pénétration européenne à Ménaka remonte au début du siècle et s’est soldée par quelques combats. Mais ce bref épisode guerrier n’a en rien perturbé l’équilibre traditionnel, car il n’a pas été suivi d’occupation européenne. L’absence d’influence étrangère et la répétition régulière des transhumances nomades à I’intérieur d’un même périmètre, et ce de façon immuable depuis des siècles, ont fait de cette région un isolat biologique.

Des travaux récents effectués avec le concours d’ethnologues utilisant I’hémotypologie, montrent qu’une certaine tribu: les Kel Kumer, dans laquelle I’endogamie est stricte constitue un isolat génétique. L’histoire des animaux domestiques et en particulier des chiens, étant liée à celle de I’homme, on peut raisonnablement penser que les chiens forment eux aussi un isolat génétique pour lequelle caractère dominant ne peut être masqué.

Et c’est dans le sens d’une adaptation à la course que depuis des siècles évolue la population canine.

Dès que I’on arrive dans la région de Ménaka on est frappé par la quantité de chiens que I’on y rencontre. La densité canine y est nettement supérieure à celle des autres régions. Mais, en plus de leur densité, ces chiens se distinguent par une remarquable unité morphologique. Ce sont incontestablement les plus typés que nous ayons rencontrés. Leurs traits sont plus fins et leur allure plus légère que pour les autres.

L’unité morphologique des lévriers touareg s’explique par deux faits ayant concouru à fixer le type d’aujourd’hui :

Tout d’abord, depuis des siècles, ils ont été utilisés pour la chasse, en particulier celle des antilopes sauvages et il en découle naturellement une sélection sur I’aptitude à la course, dégageant ainsi les sujets les mieux marqués du type circassien.

Ensuite, comme nous l’avons déjà souligné, la population étant constituée uniquement de lévriers, même si les reproductions s’étaient faites au hasard, ce qui n’était pas forcément le cas, on ne risquait pas de croisements discordants entre chiens de morphologie différente.

On voit donc que I’isolation du lévrier touareg dans son milieu a préservé son génome, en lui conférant I’unité morphologique que I’on constate aujourd’hui.

Importance numérique

ll est difficile de chiffrer la population canine de la région sahélienne que nous avons délimitée. Nous savons qu’elle est liée à la population nomade. Et pour cela même, nous pouvons affirmer qu’elle va en décroissant. La nomadisation est en train de disparaître peu à peu et ce, pour deux raisons:

– la première est administrative, le nomade trop libre échappe aux diverses contraintes de l’état et de nombreux moyens sont mis en œuvre pour essayer de le sédentariser;

– la seconde, sans doute temporaire, est due à la sècheresse qui, ayant durement frappé les troupeaux, prive ainsi les nomades de leur seul moyen de subsistance.

Ajoutons aussi que I’apparition des armes à feu a contribué à minimiser I’importance du lévrier.

A I’heure actuelle, on peut estimer à plusieurs milliers le nombre de lévriers vivant dans le sud saharien.


CHAPITRE III - Dénomination

CHAPITRE III

CHOIX D’UNE DENOMINATION

Divers termes ont été proposés pour désigner les lévriers que nous étudions. La multiplicité des norns proposés montre la difficulté qu’il y a à en trouver un satisfaisant. Nous ferons l’énumération critique de quelques-uns d’entre eux :

1. Lévrier du Mali

Le terme est incorrect pour deux raisons :

  • on ne trouve ces lévriers que dans Ia partie nord du pays, à savoir la région sahélienne;
  • ces chiens vivent également dans certaines parties du Niger et du Tchad.

2. Lévrier Berbère

Ce terme fut créé pour marquer une distinction par Rapport au lévrier arabe qui est le sloughi. Une telle appellation nous parait fausse sur le plan géographique et incorrecte sur le plan ethnologique.

Sur un plan géographique tout d’abord, la Berbérie recouvre l’Afrique du Nord et la Libye et ne correspond donc pas à I’aire de répartition des chiens étudiés. Sur un plan ethnologique, les touareg possesseurs des lévriers sont bien considérés comme un rameau de Berbères émigrés au Sahara, mais la grande majorité des Berbères actuels vivent au Maroc.

3. Lévrier Saharien

N’oublions pas que le Sahara est une région de vrai désert, et, de ce fait, elle est inhabitée.

Inhabitée des hommes, elle I’est aussi des chiens. Ceux, rarissimes, que I’on y rencontre, n’y sont que de passage.

ll est donc faux de parler d’un lévrier saharien.

4. Lévrier du Soudan

Dans la littérature canine, on rencontre ce terme. ll désigne les lévriers de I’ancien Soudan anglo-égyptien, zone à I’est de celle ici étudiée.

C’est dans une partie de I’ancien Soudan français que se trouve la population qui nous intéresse. Mais nous rejetons le terme de «  lévrier du Soudan », pour la même raison que nous avons refusé celui de  » lévrier du Mali ».

5. L’Oska

«  OSKA » est un terme tamacheq dont parle le Père de Foucaud, il désigne les lévriers de I’Ahaggar et se définit de la manière suivante : « lévrier, chien de race pure, haut sur jambes, mince de corps et rapide à la course ».

Si le Père de Foucaud parle de chien de race pure, cela laisse supposer que, dans l’Ahaggar, existent également des chiens de race  » impure ». Effectivement, on y trouve deux types de chiens: des lévriers, d’une part, et des chiens au poil long et laineux momentanément appelés  » chiens des plateaux « .

« OSKA » n’est employé que dans les dialectes du Hoggar, région à I’extrême nord de I’aire de répartition des lévriers.

Dans toutes les autres régions, le lévrier règne seul et c’est sous le terme d’ « Eidi » que les touareg le désignent. Mais la traduction littérale d’« Eïdi » est le mot « chien », car la notion de race ne peut intervenir pour des peuples qui n’en connaissent qu’une.

Le terme « Oska » n’est donc pas suffisamment représentatif pour être retenu.

6. Lévrier Sahelo-Saharien

Ce terme est assez satisfaisant car il désigne une zone géographique recoupant I’aire de répartition des lévriers nous intéressant. Mais il reste vague et surtout trop peu maniable pour être utilisé.

Nous lui préférons lévrier du Sahel.

7. Lévrier Touareg

C’est le terme que nous retiendrons car le lévrier est le chien des nomades. Et, dans la vaste région que nous étudions, la grande majorité des nomades est représentée par des touareg.

Les autres: peuls ou bellas qui vivent en nomades ont adopté les moeurs des touareg, à tel point que l’on parle de « targuisation ».


CHAPITRE IV - Rôle

CHAPITRE IV

ROLE

1. La chasse

La qualité première du lévrier touareg est avant tout de savoir chasser. ll chasse bien sûr pour son maître mais également pour lui-même. Son démarrage est si rapide qu’il lui permet de surprendre à I’envol de nombreuses espèces d’oiseaux. ll se dissimule derrière quelques touffes, de façon à s’élancer le plus tard possible en terrain découvert.

Les pintades sont les plus simples à attraper. Elles ne s’élèvent du sol que de quelques mètres et restent ainsi facilement accessibles d’un bond. L’outarde est aussi un gibier facile, car son envol est lourd et très lent. La perdrix constitue une proie plus difficile, mais sa capture n’est pas exceptionnelle.

Parmi les petits mammifères, il s’agit essentiellement du lièvre dont la course rapide oblige le lévrier à utiliser toutes ses qualités de coureur. Si la disette se fait sentir, comme ce fut le cas ces dernières années, les gibiers consommés pourront être moins  » nobles », tels petits rongeurs, écureuils des sables, gerboises mais aussi, dans les cas très défavorables, lézards ou petites tortues terrestres.

Mais la chasse la plus noble reste sans nul doute la chasse à la gazelle. On rencontre 3 genres de gazelles dans ces régions: ce sont Gazella dama, Gazella rufifrons, et Gazella dorcas. Cette chasse à vue très spectaculaire, décrite par de nombreux auteurs sahariens, se pratique depuis des siècles selon les mêmes règles.

Les chasseurs partent accompagnés d’un ou plusieurs lévriers aux heures les plus fraîches de la journée, à savoir le matin de bonne heure. Les gazelles sont repérées par leurs crottes et par les empreintes qu’elles laissent dans le sable. A contrevent, les chasseurs s’avancent alors vers elles avec précaution. lls retiennent leurs chiens. Au moment jugé opportun, ils les lâchent. La capture est loin d’être immédiate, bien au contraire : le démarrage de la gazelle est très rapide et, dans les premières centaines de mètres, elle ne fait que distancer les chiens. Puis, peu à peu, elle commence à se fatiguer et cela se traduit par une course qui n’est plus rectiligne.

Elle change de plus en plus fréquemment de direction, décrivant ainsi une ligne brisée aux segments de plus en plus courts. La trajectoire des chiens est, bien entendu, écourtée des crochets qui accompagnent ces changements de direction. Leur vitesse est toujours soutenue et ils comblent ainsi peu à peu leur retard. lls s’aident les uns les autres pour rabattre la gazelle. Bientôt, ils s’en rapprochent et I’issue de la course peut se produire de deux façons:

Soit le chien rejoint la gazelle parallèlement. ll lui donne un coup de dent dans la région du flanc provoquant le plus souvent une déchirure de la paroi abdominale avec éviscération.

Soit le chien aborde sa proie perpendiculairement et la heurte violemment de la poitrine dont il se sert comme d’un boutoir. Le choc est alors tel que la gazelle déséquilibrée tombe au sol et cette chute s’accompagne le plus souvent de fracture des membres ou de la colonne cervicale.

ll est intéressant de remarquer à propos de la course que celle du lévrier touareg n’est pas un « sprint » comme chez le whippet ou le greyhound. Les performances de ces derniers, en vitesse pure sont bien supérieures. Par contre, les lévriers du Sahel, tout comme les sloughis, ont des qualités d’endurance remarquables qui leur permettent de maintenir une vitesse moyenne de 50 km/h sur plusieurs kilomètres. Cette particularité en fait un coureur de « demi fond ». Une autre caractéristique de la course est liée à certaines proportions anatomiques: les membres longs, le dos et le rein très courts font du lévrier touareg un sauteur. Sa course devient une sorte de succession de bonds qui constituent le « galop lévrier » que l’on oppose au « galop équin ».

2. La garde

Dans les campements, le lévrier touareg sert également à la garde. Ceci n’est pas négligeable pour les nomades chez qui les vols d’animaux constituent la majorité des litiges. La stature et l’attitude particulièrement hostile qu’adopte le chien lors de toute intrusion étrangère, lui confère un rôle de gardien efficace. Leurs aboiements éloignent les prédateurs nocturnes qui rodent près des troupeaux.


CHAPITRE V - Morphologie

CHAPITRE V

MORPHOLOGIE DU LÉVRIER TOUAREG

En étudiant les lévriers du sud saharien, nous avons vu qu’il existait des variations morphologiques selon les  régions traversées.

Nous essaierons maintenant de donner la conformation du type le mieux fixé. ll s’agit de celui que l’on trouve dans les régions sahéliennes centrées sur la frontière nigéromalienne.

D’une façon générale, il est difficile de faire la description d’un chien. En effet, dans le vocabulaire employé, des qualificatifs tels que large, fin, épais, grand, long ou fort sont parfaitement subjectifs s’ils sont employés seuls.

C’est pourquoi, pour mieux situer le lévrier touareg sur le plan morphologique, nous le définirons par le trigamme signalétique de Baron. Nous donnerons ensuite une description des différentes régions du corps à la façon d’un standard. Enfin, nous ferons une étude biométrique sur un échantillonnage de sujets qui nous ont semblé les plus représentatifs du type étudié.

I – DÉFINITION DU LÉVRIER TOUAREG

EN COORDONNÉES BARONIENNES

Baron a conçu un système de classification basé sur des caractères morphologiques stables concernant principalement les variations du profil, des proportions générales et du format.

1. Le profil

Si I’on observe les profils de la tête, on constate la présence de caractères marqués, convexilignes tels qu’un museau pointu, des yeux en amande en situation latérale, des lèvres fines et minces.

Mais, par rapport à d’autres lévriers, le crâne est peu bombé, voire presque plat, le stop est assez apparent. ll en va de même pour d’autres régions du corps où I’on ne retrouve pas les profils convexes classiques du type circassien; ainsi, le dos n’est pas voussé, il est au contraire rectiligne; quant aux membres, ils ne sont pas brassicourts mais droits.

Les profils du lévrier touareg empruntent leurs lignes à la fois au type convexe et au type rectiligne, nous dirons donc que ce chien est un sub-convexiligne.

2. Les proportions générales

Les différentes régions du corps varient ensemble dans un même sens. Cette constatation doit cependant être nuancée. Ainsi, on note chez le lévrier touareg que

I’intensité de I’allongement varie selon les régions anatomiques considérées. Si le greyhound est inscriptible dans un rectangle horizontal, le galgo dans un carré, I’originalité du lévrier touareg tient au fait qu’il est inscriptible dans un rectangle vertical. En effet, I’allongement des membres est beaucoup plus marqué que celui du corps qui est peu étiré.

Le lévrier touareg se présente donc comme un longiligne de proportions, avec la particularité d’être ultra-longiligne par les membres et médioligne par le corps.

3. Le format

C’est dans I’espèce canine que le format offre les plus grandes variations, il est également influencé par le milieu et I’alimentation. Avec un poids moyen de 18 kg, le lévrier touareg est un eumétrique. Ce caractère ethnique n’est que de second ordre.

II. – MORPHOLOGIE

1. Apparence générale

ll s’agit d’un lévrier d’assez grande taille, à la silhouette fine et élancée, dont la sécheresse musculaire est soulignée par l’absence de tissu adipeux sous-cutané.

2. La tête

La tête, d’un port altier, est longue, fine et harmonieuse malgré la présence de certains reliefs osseux visibles.

  • le nez: il est effilé, mais les narines sont bien ouvertes, la couleur de la truffe est noire ou marron;
  • le chanfrein : il est long, étroit, rectiligne ou subconvexe;
  • les lèvres: elles sont minces, fines et tendues de couleur noire ou marron;
  • les mâchoires: elles sont bien développées, longues et fortes;
  • le stop : par rapport aux autres lévriers, il est apparent;
  • le crâne: il est presque plat, plutôt allongé, les arcades sourcillières et le sillon frontal sont peu marqués par contre, la crête occipitale est nettement saillante;
  • les yeux : la couleur est foncée ou topaze brûlé. lls sont en forme d’amande et disposés latéralement; leur expression est nostalgique, parfois triste. Les paupières sont parfois pigmentées de façon telle qu’elles semblent fardées : c’est « l’oeil de gazelle »;
  • les oreilles: elles sont toujours tombantes, plates ou semi-pliées. Leur forme est celle d’un triangle à pointe arrondie. Elles ne sont pas plaquées contre le crâne et leur base peut se redresser légèrement lorsque le chien est dans une attitude très attentive.

3. L’encolure

Elle est bien sortie, longue, fine et musclée; elle ne présente pas de fanon.

4. Les membres antérieurs

L’épaule est bien descendue, séchement musclée, I’angle scapulohuméral est très ouvert.

Avant-bras, carpe et métacarpe forment un membre long, fin et vertical, squelette et tendons y sont nettement visibles.

Le pied, de forme arrondie et aux doigts fins, ressemble au pied de lièvre.

5. Le corps

  • le poitrail, très caréné, presque sculptural à cause de sa sécheresse musculaire et de ses reliefs osseux, est de forme aérodynamique car assez étroit;
  • la poitrine: c’est celle d’un coureur de fond ; elle est large, haute et profonde;
  • les côtes sont arquées et visibles. La carène sternale s’élargit en région postérieure et augmente ainsi le volume thoracique ;
  • dos et ligne du dessus. Le dos est assez court, rectiligne. Le garrot est bien sorti ;
  • le rein est court, sec et trapu. Les crêtes coxales sont nettement visibles et de hauteur supérieure à celle au garrot;
  • le bassin est très remonté, les hanches sont hautes et très sorties. La croupe est disposée en pupitre mais non fuyante.

6. Les membres postérieurs

La cuisse est longue, peu bombée malgré sa musculature saillante. Les angles coxo-fémoral et fémorotibial sont très ouverts. La direction de I’ensemble cuisse-jambe est très verticale par rapport à d’autres lévriers (greyhound par exemple). Le grasset ne constitue pas une discontinuité marquée entre cuisse et jambe. Tarse et métatarse sont droits, secs et fins.

7. La queue

Elle est longue, mince, mobile, et le squelette coccygien est apparent. Le port de la queue est variable; elle est soit tombante, soit enroulée sur le dos d’un demi à deux tours.

8. La robe

Le poil est ras et fin, d’aspect soyeux et doux au toucher.

On trouve des couleurs de robe allant du sable très clair au noir zain. Les plus fréquentes sont sable, fauve et rouge. La présence d’un masque noir et de bringeures est fréquente.

La robe est toujours particolore. La répartition des taches blanches est la suivante:

  • liste en tête +
  • collier +
  • balzanes +++
  • marques blanches au poitrail + + +
  • décoloration ventrale + + +
  • pinceau à la queue ++

Les marques blanches sont parfois infimes : petite tache au poitrail ou poils blancs sur les doigts. La robe pie est, elle, rarissime (inférieur à 0,5 %).

9. La taille

La taille moyenne des mâles est de 65 cm, celle des femelles 60 cm. Les grandes tailles supérieures à 70 cm sont exceptionnelles.

III. – MENSURATIONS

1. Principe

A. Echantillonnage

Nos mensurations ont été effectuées sur douze individus composés de 6 mâles et de 6 femelles. Le choix de ces individus a été déterminé par la certitude de leur origine géographique :

A.  KAKO         5 ans, originaire de la mare de Kako dans le Gourma (Mali) appartient au Dr Gaussen, Bordeaux.
B.  AHOURA     3 ans, originaire de Ménaka (Mali) Dr Gaussen, Neuvic-sur-l’lsle (24).
C.  ABARO         3 ans, originaire de Ménaka (Mali) appartient au Dr Larüe de Charlus (Biarritz).
D.  AZOUAK      18 mois, originaire de Ouaritefulit (cercle de Ménaka, Mali) – Dr Meneau, Parthenay (79).
E.  DEMBA         3 ans, originaire d’Anderaboukane (frontière nigéro-malienne) – Mme Mesnard, Parentie(24).
F.  OUAED          2 ans, originaire de la région d’lndelimane, appartient à M. Guy Mazel, St-Germain-les-Corbeilles (Essone).
G.  TAHOURA   2 ans, originaire de Ménaka, nous appartient.
H.  FATOU          originaire de Bourem, appartient au Dr Gaussen, Neuvic-sur-l’lsle (24).
L.  MENAKA      2 ans, originaire de Ménaka, appartient au Dr Kerotre, Bordeaux (33).
J.  LAILA            2 ans, originaire d’Anderaboukane, appartient à Mme Larüe de Charlus, Biarritz (64).
K.  TASKOI        3 ans, originaire d’Hanouziggen, appartient à M. Hama Ousmane, Gao (Mali).
L.  TALFI            2 ans, originaire de Tamassa, appartient à M. Guy Brachet, Limeyrat (24).

B. Matériel

Nous avons été amené à employer plusieurs instruments : une toise, un compas de sculpteur, un mètre souple.

C. Méthode

Afin de ne pas introduire des erreurs liées à I’interprétation des mensurations, nous avons effectué personnellement toutes les mesures.

Sur chaque individu, 39 mensurations ont été effectuées, chacune 3 fois, à des temps différents, et nous avons gardé la valeur moyenne de chacune de ces mesures.

ll s’agit des mensurations de la tête, de I’encolure, du corps, des membres et de la queue.

Nous avons rassemblé les résultats dans 3 tableaux.

2.  Définition et résultats des mensurations

A. Tête et encolure

Tête

1.   longueur totale de la tête (truffe, crête occipitale),
2.   largeur maximale du crâne,
3.   longueur du chanfrein (truffe, oeil),
4.   largeur du chanfrein, au niveau des crocs,
5.   hauteur du chanfrein, au même niveau,
6.   hauteur maximale du crâne,
7.   hauteur du stop,
8.   périmètre maximum du crâne,
9.   périmètre du chanfrein,
10. longueur de I’oreille,
11.  hauteur de I’oreille par rapport à l’angle externe de l’oeil.

Encolure

12.  longueur supérieure de la nuque au garrot,
13.  hauteur de I’encolure à l’attache de la poitrine

TABLEAU DES RÉSULTATS (exprimés en cm)

these_tableau_01

B. Tronc

14.  longueur scapulo ischiale (pointe de l’épaule – pointe de la fesse),
15.  longueur de la poitrine (pointe de l’épaule – milieu de la côte),
16.  longueur du dessus (garrot – pointe des hanches),
17.  hauteur au garrot,
18.  hauteur de poitrine,
19.  hauteur à I’angle des hanches,
20.  hauteur à la pointe de la fesse,
21.  hauteur maximale du vide sous abdominal,
22.  largeur de poitrine,
23.  largeur à la dernière côte,
24.  largeur aux angles des hanches,
25.  largeur aux pointes de la fesse,
26.  périmètre maximal de la poitrine.

TABLEAU DES RÉSULTATS (exprimés en cm)

these_tableau_02

C. Membres et queue

* Membres antérieurs

27.  longueur de l’épaule (pointe de l’épaule – sommet de l’épaule),
28.  longueur du bras,
29.  pointe de l’épaule. Pointe du coude,
30.  hauteur à la pointe du coude,
31.  distance entre le doigt antérieur et la verticale passant par la pointe du coude,

* Membres postérieurs

32.  longueur de la cuisse (pointe de la fesse grasset),
33.  longueur de la jambe (grasset – jarret),
34.  hauteur au grasset,
35.  hauteur au jarret,
36.  distance au sol entre la verticale du jarret et la partie antérieure des doigts,
37.  longueur au milieu de la cuisse,
38.  écartement entre les jarrets.

* Queue

39.  longueur de la queue prise dessous.

TABLEAU DES RÉSULTATS (exprimés en cm)

these_tableau_03

these_silhouette

3.   Analyse statistique

A. Résultats

1) Tête et encolure

these_tableau_04

                   2) Tronc

these_tableau_tronc

                    3) Membres et queue

these_tableau_membre

B. Comparaison des moyennes entre mâles et femelles

La variabilité de la dispersion des résultats obtenus selon le caractère considéré nous a conduit à tester la différence des moyennes selon la méthode de « comparaison des espérances de deux lois normales de variances inégales ».

Les différences significatives entre les moyennes ont été marquées en caractères gras dans le tableau ci-joint, et ce avec un niveau significatif de 99 %.

these_maths_01

 TABLEAU POUR LA COMPARAISON DES MOYENNES

these_tableau_moyen

C. lnterprétation des résultats

1. Tête et encolure

Les longueurs mesurées sont significativement plus fortes chez les mâles que chez les femelles en particulier pour le chanfrein.

Par contre, la largeur et la hauteur du crâne ainsi que les mensurations concernant I’oreille ne sont pas significativement différentes.

2. Tronc

Hauteurs et longueurs sont supérieures chez les mâles, exception faite de la hauteur au vide sous-abdominal, ce qui tend à prouver que le caractère levretté est plus marqué chez les femelles.

En ce qui concerne les largeurs et périmètres du tronc, les différences ne sont pas significatives. Donc, malgré leur aspect très levretté, les femelles sont plus « trapues » que les mâles.

3. Membres

Deux mesures seulement apparaissent comme significativement différentes; la hauteur à la pointe du coude (30) et longueur de la jambe (33).

D. Etude des corrélations linéaires entre caractères 

these_maths_02

L’existence de corrélations a été notée dans le tableau suivant, les valeurs marquées en caractères gras correspondent aux caractères liés entre eux de façon linéaire.

Ainsi sont liées de cette façon :

  • la hauteur de poitrine et la hauteur maximale du vide sous-abdominal chez les mâles,
  • la largeur à I’angle des hanches et le périmètre maximal de la poitrine chez les mâles et les femelles,
  • la largeur à l’angle des hanches et la longueur du dessus( garrot-pointe des hanches) chez les femelles,
  • le périmètre maximal de la poitrine et la hauteur de poitrine, ce chez les mâles et les femelles, même au niveau p = 0,05. 

TABLEAU DES CORRELATIONS

these_tableau_05

4. Courbe de croissance

Nous avons étudié le croit pondéral mensuel de 10 individus; cinq mâles et cinq femelles issus de cinq portées distinctes.

Pour mesurer la croissance des chiens, nous avons choisi le poids, car il représente la résultante globale des diverses croissances de I’organisme.

Soit M1, M2, M3, M4, M5 – les mâles
et F1, F2, F3, F4, F5 – les femelles

these_tableau_chiots

these_graphe_chiots


CHAPITRE VI - Particularités physiologiques concernant la reproduction

CHAPITRE VI

PARTICULARITÉS PHYSIOLOGIQUES CONCERNANT LA REPRODUCTION

      Lorsqu’une chienne est gravide, sa future progéniture est retenue à I’avance, car bien souvent sa portée ne comprend qu’un ou deux chiots. Ce fait, qui nous parut étrange mais qui nous fut souvent confirmé, puis que nous avons nous-mêmes constaté peut être expliqué par plusieurs hypothèses.
Cette faible prolificité est liée soit à I’hérédité, soit au milieu, soit aux deux réunis.

1. Facteur génétique

Le déterminisme génétique n ‘est pas à exclure. Les nomades considèrent qu’il y a les lices « nobles « , celles qui mettent au monde un chiot unique, quelquefois deux, exceptionnellement trois. Les autres, celles qui font des portées plus nombreuses de quatre chiots ou plus, sont considérées de souche moins « pure ».
L’existence au sein d’une même population canine, aux mêmes conditions de vie, de lignées à prolificité nettement différentes, permet de supposer qu’il s’agit bien là d’un caractère lié à I’hérédité.

2. Facteur de milieu

L’influence du milieu, de l’alimentation en particulier, intervient dans la physiologie de la reproduction à différents niveaux.
Nous savons, en effet, que d’une façon générale, le bon fonctionnement de I’appareil génital dépend d ‘une alimentation équilibrée.
Or, en période de sécheresse, hommes et bêtes souffrent d’une sous-alimentation quantitative et qualitative.
Les carences vitaminiques, A et E en particulier, sont réelles. La physiologie de la reproduction s’en trouve donc perturbée au moins à deux niveaux chez la femelle:

  • tout d’abord au stade de l’oestrus : les ovulations sont moins nombreuses chez une femelle sous-nutrie et polycarencée et ce par une sorte  » d’anti-flushing »,
  • ensuite, après la nidation, tant que I’organisme maternel est prioritaire sur les foetus, une sous- alimentation persistante conduit à une résorption embryonnaire plus importante que dans les conditions normales. 

Ceci est confirmé par nos observations  sur des lices pluripares qui, élevées en France avec une alimentation correcte constante, donnaient naissance à deux chiots supplémentaires en moyenne (pour des lignées à prolificité normale: portées de 4 à 6 dans le sud saharien, portées de 6 à 8 en France).
Par contre, en France, des chiennes de lignée à faible prolificité n’ont donné que deux chiots.
Les deux facteurs, génétiques et de milieu, auraient donc un rôle à jouer dans la prolificité.
Nous avons également observé, assez souvent, un fait intéressant qui se produit lors de la mise bas.
Lorsque I’accouchement est imminent, la chienne creuse un terrier dans le sable à l’ombre d’un arbuste ou d’un buisson épineux pour y placer sa progéniture.
Ce terrier permet aux chiots de ne pas ressentir I’importance des écarts de température: chaleur torride dans la journée, nuits très fraîches. De cette façon, les chiots restent dans une zone à température constante, le sable sur lequel ils reposent n’ayant pas le temps de se refroidir ou de se réchauffer au cours d’un nychtémère.
Le creusement d’un terrier pour la mise bas nous a été également signalé dans le sud marocain (région d’lfni) où vivent de « petits sloughis » sauvages. lls mettent bas dans des trous creusés dans le sable sur les plages désertes du bord de I’océan.
Le choix d’un tel lieu pour la mise bas se retrouve chez d’autres espèces des régions semi-désertiques (phacochères, fennecs, nombreux rongeurs).


CHAPITRE VII - Zootechnie

CHAPITRE VII

ZOOTECHNIE

I. SÉLECTION DES CHIOTS PAR LES NOMADES

La sélection d’un chiot se fait selon divers critères, certains sont objectifs, d’autres le sont beaucoup moins.

1. Crltères oblectifs

Les aptitudes des ascendants sont prises en considération, la rapidité et la vaillance à la chasse sont recherchées.

Si la saillie a eu lieu lorsque le campement était isolé et s’il n’y existait qu’un géniteur mâle, la paternité peut être établie. Par contre, si la saillie a lieu à une époque durant laquelle tous les nomades sont rapprochés d’un point d’eau, la fécondation se fait avec un des mâles existant sur place, sans qu’on puisse savoir lequel.

L’examen du chiot lui-même est important. S’il en existe plusieurs, on compare leur finesse en considérant la largeur de la base de la queue et la longueur de celle-ci.

Les pattes sont I’objet d’un examen minutieux et les nomades regardent très attentivement le pied sur ses deux faces pourvoir s’il est bien fait.

Enfin, la robe est prise en considération; le masque noir est apprécié, les bringeures aussi, la robe pie très rare n’est guère prisée mais les autres marques de blanc  (balzanes, listes en tête, collier) sont très bien acceptées; quant au poil, on le recherche le plus fin et le plus soyeux possible.

2. Crilères liés à des croyances

Comme nous I’avons déjà mentionné plus haut, le chiot ou les chiots issus de lice à faible prolificité bénéficient d’une auréole de « noblesse ». De même, est considéré comme « noble », un chien qui, attrapé par la peau du cou et soulevé, ne pousse pas de cris.

Le jeune lévrier est assez vite retiré à sa mère, au bout d’un mois environ, parfois même avant. Arrivé dans. son nouveau campement, on lui donnera un nom.

 

II. LES NOMS DONNÉS AUX CHIENS

Chez les touareg, les lévriers possèdent, en général, un nom propre et celui-ci est choisi le plus souvent sur des qualités ou particularités physiques, la couleur de la robe entre autre.

C’est ainsi par exemple que le nom AHOURA fréquemment rencontré est donné aux chiens à robe de teinte jaune clair, AZRAF s’applique aux chiens dont la robe est marquée de blanc, AENBEL désigne un animal à masque noir.

Nous citerons ici les noms les plus usités des nomades de la frontière nigéromalienne :

AHOURA : jaune clair.
ABARO : sable gris.
AENBEL : masque noir.
AZRAF : qui possède des marques blanches.
EGHRI : collier blanc.
EZAGAH : rouge.
AZABOR :  pie.
EHEOUEL : le foncé.
TABLAT : balle de fusil.
ABOURIT : fils unique.
AMAIAS  : guépard.

ll est à observer que, chez les Kel Ahaggar dont le dialecte a été traduit par le Père de Foucaud, le terme ABARO s’applique aux chiens de race quelconque donc, la signification des termes varie au sein même du langage tamahaq, selon les dialectes et les tribus.

 

III. ALIMENTATION

C’est le plus souvent un adolescent, jeune pâtre de moutons ou de chèvres, qui veille à I’alimentation du lévrier.

La nourriture du chien est fonction des moyens de subsistance du moment, elle correspond à ce que mangent ses maîtres. Si la période est faste, elle est à base de lait et de céréales (riz, mil, sorgho) présentés séparément ou sous forme de bouillie.

Lors de la chasse, les viscères puis la carcasse du gibier tué sont distribués aux chiens. En période de disette, à partir du mois de mars jusqu’aux premières pluies qui n’arrivent guère avant juillet, la vie reste végétative, et les chiens se contentent de bouillie de son de graminées.

Nous mentionnons à part le cas du chiot tôt sevré, qui nécessite des soins particuliers.

Comme chez tous les nouveaux-nés, dans des régions

et plus particulièrement au climat chaud et sec, la déshydratation d’un jeune organisme est rapide et grave. Pour prévenir cet accident, les touareg laissent le chiot à l’ombre et l’arrosent fréquemment durant les heures chaudes de la journée. Pour remplacer le lait maternel, on lui donne du lait de vache ou de chamelle servi en une seule fois en grande quantité le soir. Les touareg eux-mêmes ne font qu’un seul repas copieux dans la soirée.

Nous avons d’ailleurs constaté qu’un chiot d’une quinzaine de jours qui nous avait été offert à Ménaka, refusait le lait qu’on lui présentait dans la journée et que, par contre, il buvait goulûment dès que la nuit commençait à tomber; ceci est logique, puisque c’est à ce moment que I’organisme a besoin de calories.

Durant la journée, il luttait contre la déshydratation en se couchant sur une guerba, ce qui donnait en permanence une fraîcheur appréciable.

 

IV. DRESSAGE

D’une façon générale, les nomades sont de très bons éleveurs. Le dressage commence très tôt, celui-ci est délicat car ce lévrier au caractère très indépendant se plie mal aux contraintes. Ainsi, la simple obéissance au rappel est difficile à obtenir. Pour appeler leurs chiens, les touareg tapotent le sable avec le plat de la main en disant « Kourk-Kourk », sans jamais élever la voix.

Par contre, l’aptitude à la chasse est très facile à développer, puisqu’elle est servie par des dons naturels. Très vite, le jeune lévrier considère comme un jeu la course aux petites proies qu’on lui montre, tels que rongeurs ou écureuils des sables.

Ce dressage n’exclut pas la sévérité, parfois même la brutalité des réprimandes. Si le lévrier touareg est considéré comme un animal noble, il n’est pas pour autant un animal sacré.

 

V. PRATIOUES CONTRACEPTIVES

1. Chez le mâle

La castration du mâle est souvent pratiquée à l’âge de 3 à 5 mois environ.

Ainsi privé de ses fonctions reproductrices, le Iévrier présente plusieurs avantages pour son maître. Tout d’abord, sur un plan psychologique, la castration rend les sujets plus doux et plus dociles. Ensuite, sur le plan morphologique, la taille et la puissance sont supérieures à celles des non castrés, ce qui est intéressant pour la chasse.

Enfin, s’il existe une chienne dans le campement, on évite ainsi les gestations systématiques.

2. Chez la femelle

La contraception est pratiquée chez la femelle par

Une méthode chirurgicale qui consiste à passer au travers

des lèvres de la vulve, 4 à 5 anneaux métalliques de

25 m/m de diamètre environ.

La gestation peut être indésirable pour deux raisons :

– la chienne est indisponible pour la chasse pendant un long moment,

– le maître considère que les mâles susceptibles de couvrir sa chienne ne conviennent pas.

Cette dernière raison est moins fréquente, car dans I’esprit de beaucoup de nomades, I’essentiel du potentiel génétique est représenté par la femelle ; c’est pourquoi le choix d’un étalon les préoccupe peu.

VI. DÉCORATION DES CHIENS

La décoration du lévrier touareg prouve que celui-ci n’est pas un animal domestique quelconque.

Dès les premiers jours de sa vie, on place autour  du cou du jeune chien un petit collier fait d’étoffes ou de fines lanières de corde ou de cuir.

Plus tard, lorsqu’il sera adulte, le collier sera fait de cuir plus décoré, souvent paré de trophées de chasse, tels que des onglons ou des testicules de gazelles.

Certains touareg mettent aussi quelquefois une large ceinture de cuir, serrée autour du ventre du lévrier, ils pensent ainsi rendre leur chien le plus levretté possible.


CHAPITRE VIII - Coloration de la robe : étude génétique

CHAPITRE VIII

COLORATION DE LA ROBE : ÉTUDE GÉNÉTIQUE

 Le déterminisme génétique de la couleur de la robe est complexe. Il dépend de gènes appartenant à plusieurs séries (A, B, E, S) et des locus D et M. Nous définirons le rôle de chacun de ces séries en notant les locus qui portent les gènes présents chez le lévrier touareg.

1. Série A

Il existe cinq gènes dans la série A énumérés dans I’ordre de leur dominance successive :

  • A robe à dominante noire,
  • aw robe agouti ou gris loup,
  • ay robe à dominante jaune,
  • as robe noire sur le dos et marques feu aux membres et sur la tête,
  • at robe bicolore noire ou feu.

Chez le lévrier touareg :

  • A et aw sont représentés mais très rares,
  • ay est représenté de façon très importante,
  • as et at sont absents.

Le couple allélique ay/ay constitue la majorité de la formule génétique en ce qui concerne cette série.

2. Série B

Il existe 2 gènes B et b avec B dominant sur b.
B = coloration noire,
b = coloration chocolat.

Le couple allélique existe chez le lévrier touareg avec la prédominance de b/b. Les robes acajou ou chocolat sont beaucoup plus fréquentes que les robes noires.

3. Série E

Cette série est responsable, de la répartition du pigment noir par rapport au pigment jaune.

Selon Little, il existe quatre allèles :
Em : robe jaune avec masque noir,
E : robe à dominante noire,
ebr : robe bringée,
e : coloration jaune sans le masque noir.

Selon d’autres auteurs, Whitney en particulier, le bringé serait dû à un gène indépendant de la série E.
Des études ont été faites chez le boxer et le whippet et montrent que le bringé domine le fauve mais I’homozygotie pour le caractère bringé est léthale. 

these_bringe

Chez le lévrier touareg, les 4 allèles décrits par Little existent.

4. Série S

C’est dans cette série que I’on trouve les gènes responsables de la présence de blanc dans la robe.

Il y a 4 gènes; énumérés dans leur ordre de dominance successive, ce sont:
S : robe unicolore,
Si : margues blanches aux extrémités,
Sp : robe pie,
Sw : blanc sur presque toute l’étendue du corps.

La dominance de S sur Si, de Si sur Sp et de Sp sur Sw est en fait incomplète. De plus, l’étendue du blanc est majorée ou minorée par l’interférence d’autres gènes dits « modificateurs ».

L’examen attentif d’individus appartenant à une population de plus de deux cents individus montre que:

  •  S n’est pas représenté,
  •  Si est dans la formule génétique de la très grande majorité,
  •  Sp est rarissime,
  •  Sw est absent. S’il apparaissait, il constituerait un caractère très mal adapté à des régions à I’ensoleillement intense. Les individus porteurs de ce gène ont été vraisemblablement éliminés par la sélection naturelle.

Par le jeu des gènes modificateurs, il existe des formes intermédiaires. Certains sujets paraissent presque unicolores, d’autres au contraire ont des balzanes haut-chaussées (jusqu’au coude), des écharpes importantes, liste en tête, pinceau à la queue, etc.

En conclusion, on peut direque seuls Si et Sp sont représentés et que le couple Si/Si est très supérieur numériquement à Si/Sp puisque, d’après nos estimations, la robe pie (Sp/Sp) représente au plus 1 % de la population.

L’observation des lévriers du sud saharien confirme bien la dominance de Si sur Sp et laisse prévoir une régression de la robe pie, puisque celle-ci correspond à I’homozygotie d’un caractère récessif dont I’expression n’est ni adaptée au milieu, ni I’objet d’une sélection de la part des éleveurs.

5. Série C

La série C comprend le gène responsable de I’albinisme; les autres interviennent sur d’autres particularités de pigmentation dont la densité. lls sont au nombre de quatre dans I’ordre de dominance :
C : pleine coloration,
cch : robe chinchilla,
ccd : facteur accromélanique,
c : albinisme total.

Chez le lévrier touareg, C, cch, ccd, sont représentés.

6. Locus D

2 allèles:
D : gène de pleine coloration,
d : dilution de la pigmentation.

Chez le lévrier touareg les 3 combinaisons obtenues à partir de ces 2 gènes existent.

7. Locus M

ll n’existe pas chez le lévrier touareg.

8. Locus T

L’allèle dominant T est responsable de mouchetures colorées dans les zones dépigmentées. ll existe  chez le lévrier touareg.

RÉSUMÉ DES GÈNES RESPONSABLES DE LA COLORATION DE LA BOBE RENCONTRÉS CHEZ LE LÉVRIER TOUAREG :

these_couleurs


CHAPITRE IX - Comparaison avec les autres lévriers à poil ras

CHAPITRE IX

 COMPARAISON AVEC LES AUTRES LÉVRIERS A POIL RAS

 Le lévrier est le type même du chien adapté à la course. Cette aptitude n’a pu naître et se développer que dans des régions aux vastes étendues plates, à la végétation rare et disséminée, constituant ce que I’on appelle généralement la steppe. Or, dans I’hémisphère nord de I’Afrique, ces régions sont nombreuses; elles bordent le Sahara et le désert libyque. C’est dans ces zones délimitées par les isohyètes de 100 et 250 m/m que vivent ou qu’ont vécu les lévriers africains.

Nous allons successivement comparer au lévrier touareg les lévriers africains, puis ceux des autres continents, en nous limitant aux animaux à poil ras.

I. LES LÉVRIERS AFRICAINS

La connaissance des lévriers africains actuels est assez récente; elle date du siècle dernier, durant lequel naturalistes et voyageurs sont partis à la découverte du continent africain. Elle reste à I’heure actuelle encore bien incomplète.

Les difficultés d’étude procèdent de l’étendue des territoires envisagés et des problèmes qu’il y a encore à les parcourir.

Quant à l’étude des lévriers africains antiques, elle repose uniquement sur I’observation de quelques gravures, peintures ou écrits d’auteurs anciens dont les descriptions ne permettent que des interprétations limitées.

Néanmoins, à partir de caractères fiables nous essaierons de comparer le lévrier touareg aux autres lévriers africains ayant existé ou existant encore de nos jours.

1. Le Sloughi

Encore appelé lévrier arabe, parfois lévrier du Maghreb, sa présence en Afrique du Nord-Est, semble-t-il récente, liée aux migrations islamiques vers les années 600 de notre ère.

L’origine du Sloughi est à juste titre controversée; de quelle population de lévrier descend-il ? Bien des hypothèses plausibles ont été avancées. Parmi celles-ci, nous retiendrons l’origine asiatique du Sloughi, plus précisément du Proche ou Moyen-Orient, et I’origine africaine(centre africainet Est africain, notamment le pays de Pount, Ethiopie, Somalie).

Ajoutons enfin qu’avant I’arrivée du Sloughi, existait en Afrique du Nord un lévrier lupoïde autochtone que le Sloughi aurait absorbé ou éliminé. Ce lévrier lupoÏde avait la queue enroulée sur le dos, mais il existait sans doute aussi d’autres lévriers à queue tombante. Au musée du Bardo à Tunis, se trouve une mosaique datant du lll » siècle avant Jésus-Christ, donc très antérieure à l’arrivée islamique. Elle représente une scène de chasse au lièvre; on y voit deux lévriers, I’un de robe noire et I’autre fauve avec la queue tombante. ll est donc difficile de conclure que les lévriers à queue tombante sont arrivés avec les Arabes : le Sloughi était peut-être déjà présent avant leur venue.

Sur le plan morphologique, le Sloughi est bien connu. ll existe un standard pour sa race. Sa conformation est très proche de celle du lévrier touareg et nous nous appliquerons uniquement à recenser les détails les différenciant :

  • L’allure générale du lévrier touareg est plus fine et plus élancée, car son squelette est plus fin : à taille égale, la largeur du crâne du lévrier touareg est inférieure à celle du Sloughi d’au moins un centimètre.
  •  proportions : par les membres, le lévrier touareg est encore plus longiligne que le Sloughi, si bien qu’on peut l’inscrire dans un rectangle vertical. La hauteur au garrot est sensiblement inférieure à celle aux hanches chez le lévrier touareg;
  • les membres sont d’un aplomb plus rectiligne pour le lévrier touareg, ce qui donne un aspect « piqué du devant »;
  • la queue, enroulée sur le dos, que I’on voit chez le lévrier touareg, n’existe pas chez le Sloughi ;
  • coloration de la robe : nous l’avons déjà signalé, la robe unicolore stricte n’existe pas chez le lévrier touareg.

2. Le Tessem

C’est I’antique lévrier égyptien représenté dans de nombreuses fresques et bas-reliefs anciens. ll en existait plusieurs variétés, suivant la disposition de la queue, la forme des oreilles et la coloration de la robe.

Le type le plus couramment représenté est à oreilles dressées et queue spiralée enroulée sur le dos. Lortet et Gaillard qui ont étudié des Tessems momifiés le décrivent ainsi :  » lévrier haut sur jambe, corps allongé, pas de ventre, poitrine étroite, colonne vertébrale assez recourbée, tête longue, front large et bombé, oreilles moyennes droites ou pointues, queue longue enroulée d’un tour et demi, poil court gris jaunâtre clair ».

Ce Tessem n’était pas le privilège de I’Egypte, il existait de façon certaine en Somalie et en Erythrée à la même époque, puisqu’il faisait partie des trésors ramenés du pays de Pount.

Sur les peintures et gravures rupestres du Tassili n’Aijer et du Fezzan, on retrouve des représentations de lévriers qui, par leurs oreilles dressées et leur queue enroulée, rappellent de façon étrange le Tessem.

Le Tessem est-il apparu au Sahara, ou y est-il arrivé venant d’ailleurs?
ll est impossible de répondre à cette question dans l’état actuel de nos connaissances.

On pense que, dans les lles Baléares, qui ont joué le rôle d’un biotope fermé, il existe sous sa forme antique.

Comme points le rapprochant du lévrier touareg, on peut retenir:

  • la silhouette, corps assez court sur des membres longs,
  • une queue enroulée que I’on retrouve chez certains lévriers du sud saharien,
  • les taches blanches de la robe (on les voit nettement représentées sur les peintures égyptiennes prédynastiques).

Par contre, la conformation de la tête courte et pointue et les oreilles dressées du Tessem constituent des caractères le différenciant nettement du lévrier touareg.

3. Autres lévriers africains:

 Nous mentionnerons d’autres lévriers dont I’existence est signalée dans la littérature :

a) En MAURITANIE il existe une tribu humaine appelée Nemadi, ce qui,en langage aser, signifie « maître des chiens ». Cette tribu vit uniquement de la chasse et sa seule richesse est la possession de chiens. Ceux-ci sont d’un gros gabarit, élancés, assez levrettés; il est difficile de savoir s’il s’agit de purs lévriers ou de lévriers croisés avec d’autres chiens plus lourds.

b) EST AFRICAIN:

De Schaeck, au début du siècle, a décrit de façon détaillée d’autres lévriers vivant sous une même latitude, dans I’ancien Soudan anglais.

Ce sont les lévriers des chillouks, tribu vivant dans le Kordofan près de Khartoum. Certains auteurs ont d’ailleurs vu une relation entre « Chillouk » et « Suluk » qui serait le pluriel de « Sloughi » dérivé lui-même de « Salak ».

Schweinfurth décrit ainsi les chiens des chillouks : … « Ieur conformation est celle d’un lévrier bien bâti ; ils atteignent rarement la taille d’un chien d’arrêt, presque tous ont le pelage rouge couleur du renard et un museau noir très allongé »…

Il précise que, dans de vastes étendues autour du secteur de Khartoum, même jusqu’en Ethiopie, la plupart des tribus possèdent des lévriers et cela nous est confirmé par d’autres auteurs, tels que Brehmet Pertermann.

Les descriptions se recoupent et l’on peut conclure là encore qu’il s’agit de lévriers à poil ras, dont les robes varient du jaune clair au brun rouge. Appréciés des nomades, ils servent à la garde et à la chasse. Les mensurations d’un exemplaire ont été rapportées dans le livre de Schaeck; elles ne s’écartent pas de celles de Sloughi ou du lévrier touareg.

Le basengi rencontré dans la région du Haut Nil tout au nord de I’ancien Congo Belge, a lui aussi les oreilles droites et la queue en trompette. ll ne se distingue des Tessems que par une taille inférieure et le fait qu’il est muet.

c) NORD ET NORD-ESTAFRICAIN

Frobeniusa relevé au Fezzan des peintures montrant des lévriers au  » galop volant », membres allongés et queue enroulée;c ‘est dans cette même région qu’Espérandieu a rencontré des lévriers qu’il rattache au genre  » Canis familiaris y etulus », c’est-à-dire le Tessem.

Sur les franges désertiques de I’Egypte, en particulier vers la Libye, existait un graïode sauvage appelé « wns ».

II. LES AUTRES LÉVRIERS A POIL RAS

1. Le Galgo

C’est le lévrier espagnol; le type qui est fixé actuellement est sans doute le fruit de croisements. En effet, dans un premier temps, le Galgo emprunta ses caractères à deux lévriers: le Sloughi et le lévrier berbère. Le premier, amené par les Arabes dans la Péninsule lbérique, absorba le second qui avait été introduit par les Berbères et les Puniques en Espagne et aux Baléares.

Plus tard, le Galgo fut infusé de Greyhound pour améliorer sa vitesse de pointe.

On différencie aisément Ie lévrier touareg du Galgo. La partie postérieure du corps du Galgo a une conformation beaucoup plus proche du Greyhound tout en étant moins levretté. ll se rapproche du Sloughi et du lévrier touareg par son rein court et trapu. La robe est ici aussi particolore.

2. Le Charnigre

C’est le lévrier des Baléares ou Majorquais ou Podenco. L’originalité de ce lévrier vient de ses oreilles dressées et de sa queue retournée sur le dos quand il est en action. Beaucoup d’auteurs voient en lui le parfait descendant des Tessems. En effet, ces derniers seraient restés à l’état pur dans I’archipel des Baléares, biotope fermé qui n’a permis que des croisements consanguins. On explique ainsi la persistance des caractères originels pendant quelques millénaires. On peut le décrire de la même façon que le Tessem que nous avons déjà comparé au lévrier touareg.

3. Le Greyhound

Ce lévrier hypertypé aux lignes de sprinter est facile à distinguer du lévrier touareg. Beaucoup plus longiligne par le corps et l’encolure, sa tête est très fine, le stop très effacé, I’oreille en rose. Sa taille est plus élevée, et enfin au niveau de I’arrière main la coupe est ogivale et fuyante.

4. Le Whippet

Mêmes remarques générales que pour le Greyhound, exception faite pour la taille qui n’excède pas 47 cm au garrot.

5. Le petit lévrier italien

Ce petit lévrier, dont la taille est comprise entre 32 et 38 cm,serait aussi originaire d’Egypte, mais n’a aucune ressemblance avec le Tessem, I’oreille est en rose, la queue est portée très bas, rentrée entre les jambes.

6. Lévriers du Proche et du Moyen-Orient

La littérature ancienne et les observateurs contemporains relatent I’existence de lévriers en Arabie, en lrak et en Syrie. Leur allure est très voisine de celle du Sloughi, ce qui n’est pas pour nous surprendre puis qu’une hypothèse sérieuse fait du Sloughi un lévrier originaire de ces régions.

Mieux connu et bien défini est le lévrier persan ou Saluki. Sa particularité réside dans le pelage : poil court et soyeux sur le corps, frangesau niveau des oreilles, des membres et de la queue. Sa tête, abstraction faite des franges, est beaucoup plus proche de celle du lévrier Touareg que de celle du Sloughi.

Enfin, nous mentionnons une variété de lévriers d’Afghanistan appelés « Afghan hairless Tazi » élevés par les nomades Kuci près de Bakwa. Jûngeling pense qu’il s’agit de lévriers issus des steppes du sud de la Russie (Russjkaja stepnaja borzaja).

Ces lévriers, malgré leur lointaine origine, sont très proches des lévriers africains.


CHAPITRE X - Origines du lévrier touareg – Conclusion

CHAPITRE X

ORIGINES DU LÉVRIER TOUAREG

 Déterminer l’origine d’une race est chose difficile car de très nombreux facteurs interviennent. D’une part, on considère les ressemblances et les différences morphologiques entre les diverses races existant à l’heure actuelle; d’autre part, il faut connaître l’histoire des populations humaines, essentiellement ses déplacements, car l’histoire des chiens y est étroitement liée.

Dans le chapître précédent, nous avons vu les différences et les analogies existant entre les diverses races ou variétés de lévriers.

La similitude entre deux races peut s’expliquer de deux façons:

  • soit par une parenté,
  • soit par un phénomène de convergence (la ressemblance résultant alors de conditions de vie semblables en des lieux différents conduisant à une même spécialisation, ici la course).

Les divergences entre plusieurs races résultent:

  • soit de l’origine génétique différente des populations considérées,
  • soit de la variabilité d’une même souche génétique en fonction du milieu et de la domestication.

these_carte

Compte tenu de ces données, on comprend que la détermination de I’origine d’un chien est chose difficile et que plusieurs hypothèses peuvent être proposées.

Le problème est encore bien plus complexe, lorsque I’on considère les déplacements de population.

Ainsi, en Afrique du Nord, les envahisseurs islamiques auraient apporté leur propre lévrier. Mais il existait déjà un chien indigène appelé lévrier lupoïde.

Selon certains, le Sloughi tel qu’il est aujourd’hui serait d’origine purement asiatique, ce qui supposerait qu’il n’a connu aucun croisement avec les chiens autochtones. Cette thèse paraît difficilement soutenable.

Pour d’autres, le lévrier asiatique aurait absorbé le lévrier lupoide pour donner le sloughi. Pour savoir lequel a, en fait, absorbé l’autre, il faudrait savoir quel était le rapport numérique des uns par rapport aux autres, ce que nous ignorons totalement.

L’analyse critique de toute théorie de filiation prouve notre méconnaissance et ne nous permet donc que des hypothèses. Parmi les théories qui s’affrontent, on trouve souvent des explications complexes, en particulier pour les lévriers dont on explique la présence dans une région donnée par sa venue de steppes très lointaines. En ce qui concerne I’Afrique, il y a une telle abondance de steppes et d’étendues désertiques, que les lévriers ont pu y apparaître, puis s’y conserver jusqu’à nos jours.

Pour ce qui est de la domestication, il est classique de considérer les lévriers comme dérivés des chiens courants ordinaires que I’homme a améliorés et spécialisés vers la course, leur donnant les types que nous connaissons aujourd’hui.

M. E. Dechambre pense que les lévriers ont existé en tant que tels à l’état sauvage, dans les régions de grande plaine, et ne furent domestiqués que par la suite.

Pour notre part, nous nous rallions à cette opinion.

Le Sahara est une région dont la préhistoire est encore mal connue. Le visage désertique qu’il offre aujourd’hui n’a pas toujours été le sien. De nombreux millénaires avant notre ère, des points d’eau assez abondants et un climat plus humide ont permis la vie de civilisations néolithiques très florissantes. De nombreux vestiges d’industrie lithique venant des zones les plus arides du Sahara actuel (Tanezrouft, Ténéré), des oeuvres d’art dont les plus connues sont les peintures et gravures rupestres du Tassili des Aïjer, du Hoggar, de I’Adrar des lforas, nous prouvent que le Sahara a connu une civilisation qui n’avait rien à envier à celles régnant sur le littoral méditerranéen ou dans la vallée du Nil. A I’heure actuelle, nous ne possédons pas de documents ostéologiques sur les lévriers néolithiques africains, ce qui rend bien sûr  toute affirmation impossible. On peut pourtant penser que les déserts d’aujourd’hui ont été des savanes giboyeuses à la faune prospère et variée. Les lévriers faisaient partie des canidés sauvages et ses proies classiques, telles les gazelles, ont affiné au cours du temps ses qualités de coureur.

On sait en effet que I’adaptation à la course passe nécessairement par la modification de plusieurs appareils. Parmi les transformations les plus marquantes on remarque, pour I’appareil locomoteur, l’allongement des divers segments des membres et I’ouverture des angles articulaires les constituant.

L’appareil respiratoire est modifié par l’augmentation de la capacité pulmonaire entraînant un agrandissement de la cage thoracique tout en respectant des formes aéro- dynamiques. Enfin, le volume des viscères digestifs, déjà réduit par le type de digestion des carnivores, est refoulé dans un ventre levretté.

Ainsi, pensons-nous, s’est constitué un stock de lévriers néolithiques peu à peu domestiqués.

Puis, la désertification gagnant, hommes et bêtes se sont réfugiés vers les marges péri-sahariennes à la poursuite d’eau et de pâturages.

Les populations qui partaient soit vers Ie nord, soit vers le sud, entraînaient avec elles les lévriers.

Au nord du Sahara, ils donnaient ce que I’on a appelé le lévrier lupoïde. Au sud, dans le Sahel, la sélection naturelle et peut-être la sélection humaine, créèrent les différentes variétés existant à I’heure actuelle, en particulier le lévrier touareg.

Le sud saharien par son climat et son histoire est une région où la vie depuis des millénaires se perpétue immuablement, préservant les conditions de vie d’influences étrangères. C’est pourquoi, nous pensons que le lévrier touareg que l’on rencontre aujourd’hui est un lévrier purement africain, identique à ceux qui vivaient dans les steppes sahariennes il y a plus de 5.000 ans.

 

CONCLUSION

Nous voici au terme de cette étude qui nous a montré I’existence, dans un très vaste territoire de la zone sahélienne, d’un lévrier que nous avons appelé lévrier touareg.

Il s’agit bien là d’un lévrier ; sa physiologie, sa morphologie avec les mensurations et analyses qui s’y rapportent, le prouvent à l’évidence.

L’unité de cette entité ethnique apparaît également au travers d’autres caractères que nous n’avons pas mentionné car ils font appel à des considérations d’ordre moins objectif. Il s’agit du psychisme et du comportement de ces lévriers. A ce sujet, I’un des faits les plus marquants est constitué par leur nonchalance extrême simulant le plus souvent un sommeil profond. Cette attitude quasi constante est cependant coupée une à deux fois par jour par un besoin de détente se traduisant par une course rapide et violente qui dure plusieurs minutes. Ce fait de courir se manifeste aussi pour marquer le contentement mais de façon plus brève.

Ceci nous montre que ce que nous considérions à priori comme une population canine constitue une race. Cette fraction de I’espèce canine est en état d’équilibre génétique stable, elle est bien adaptée au milieu qui I’entoure et répond parfaitement aux services demandés par ses possesseurs.

 —————————————-

Vu : Le Directeur de l’École Vétérinaire
Professeur R. LAUTIÉ

Vu: Le Professeur de l’École Vétérinaire
rapporteur
Professeur QUEINNEC

Vu: Le Président de la Thèse
Professeur GAYREL

VU ET PERMIS D’IMPRIMER
Toulouse, le 19-6-75
Le Président
de I’Université Paul-Sabatier
Professeur LARENG